Le Bocage - Journal du jardin


Carnet d'observations, d'expérimentations et de réflexions

dans le cours du jardinage d'un boisé en Haute-Amérique


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24 février 2007

Un drainage raisonné

photo M.-J. MusiolEnsoleillé, maximum -2 °C.

Grande séance de fendage de buches. En effet, un élagueur est venu cette semaine abattre et débiter le grand érable rouge malade sur le chemin de La Reposée. De quoi faire un bon deux cordons (ou deux fois 1,2 mètre cube ou un demi-stère) de bois de chauffage. Le coeur de l'arbre étant carié, le fendage s'effectue aisément.

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Ruisselet du Bocage en hiverSelon les données fournies par le service de statistiques, nombre de « googleurs » viennent visiter ce site à la recherche d'informations sur le drainage ou l'assèchement de leur jardin. « Comment drainer un jardin ? » « un terrain humide ? » Je n'ai pas la prétention de détenir une expertise officielle sur ce sujet spécifique. Cependant, je peux ici vous faire part de mon expérience personnelle et des multiples leçons que j'en tire.

Avant de devenir ce projet de jardin à l'ombre, Le Bocage était un boisé largement détrempé durant les semaines qui suivaient la fonte des neiges. Ensuite, l'eau continuait d'affleurer dans de nombreuses cuvettes lorsque les pluies étaient régulières. Avec le temps j'ai pu établir que le vallon avait autrefois été traversé par un ruisseau. Dans ces conditions, il aurait été souvent malaisé d'y marcher et jardiner. En outre, tel que recommandé par la Direction de la Santé publique, je voulais éliminer ces flaques qui constituaient autant de lieux de nidification pour les moustiques (à une époque où on s'inquiétait ici plus sérieusement des risques d'infection par le virus du Nil occidental).

J'ai donc invité au boisé un jardinier-paysagiste professionnel. Celui-ci me conseilla deux mesures. Premièrement, creuser une rigole peu profonde qui traverserait le terrain afin d'assécher les premiers centimètres du sol. Deuxièmement, établir un sentier légèrement surélevé avec le bois raméal fragmenté (BRF) provenant de mes coupes d'éclaircissement. Ce BRF devant se tasser et décomposer, je pourrais en étendre une autre couche ou opter pour la pose de gravier fin. J'ai suivi ces conseils. L'installation du sentier s'est fait la deuxième année et le développement du réseau de rigoles a pris trois étés.

La première question soulevée fut : comment concevoir les rigoles afin qu'elles ne soient pas elles-mêmes un lieu de nidification de moustiques si l'eau y stagne, ou de mouches noires si l'eau y est trop courante. Étonnamment, ce genre d'information n'était pas disponible dans la documentation offerte par les autorités environnementales et de santé publique. J'ai donc contacté le service de l'environnement de ma municipalité, la direction régionale de la Santé publique et le ministère québécois de l'Environnement. À aucun de ces endroits, on fut incapable de me répondre.


Terrain mal drainé ou milieu humide ?
Cependant, autant à la municipalité qu'au ministère, on m'a signalé qu'il me fallait d'abord vérifier si mon terrain n'était pas un milieu humide protégé. Voilà un point crucial. Il y a trois possibilités :
  1. Le terrain est, en tout ou en partie, un milieu humide. Dans plusieurs collectivités, une règlementation protège les milieux humides contre le drainage, l'assèchement ou autre forme de destruction. Le défi ne sera donc pas de drainer, mais bien au contraire de valoriser ce milieu humide.
  2. Le terrain n'est clairement pas un milieu humide, mais bien un espace occasionnellement détrempé, voire inondé. Le défi est alors simplement d'organiser un drainage adéquat.
  3. Le terrain, sans être formellement un milieu humide, présente une flore qu'on souhaite préserver pour l'essentiel. Le défi est alors d'assurer que les interventions soient parfaitement ajustées afin de drainer sans bouleverser l'écologie du milieu, ni compromettre la survie des plantes déjà établies. C'était le cas du Bocage.
Consulter cette page pour les critères de détermination.


Creuser ou relever ?
Si une intervention est possible et souhaitable, on a encore une fois deux options : creuser ou relever le niveau du sol. On peut aisément combiner les deux en récupérant la terre du creusage.

Ainsi, les cuvettes et dépressions peuvent être légèrement comblées pour créer des platebandes humides. Ou au contraire creusées pour créer un étang ou une rive de cours d'eau. C'est d'ailleurs souvent une meilleure option qu'un drainage de tout un terrain.

En fait, on peut aisément profiter d'une pluralité de platebandes plus ou moins humides selon leur élévation afin de diversifier les types de plantes pouvant croitre au jardin. Il ne s'agit alors que de bien identifier les différents types de milieux afin de sélectionner les plantes aux niches écologiques correspondantes.

Le Bocage est en pente légère et parsemé de roches. Il se prête donc mieux à être serpenté par des ruisselets qu'à l'établissement d'étangs. Les cuvettes ont été à peine comblées pour créer des platebandes humides (pour le myosotis palustris, par exemple).


Cours d'eau ou fossé ?
Si on opte pour le creusage de rigoles, il faut s'interroger à savoir s'il s'agira d'un simple sillon de platebande ou d'un fossé qui se rattachera au réseau municipal de fossés ou d'égouts de surface, ou s'il deviendra un cours d'eau au sein du système hydrographique local. Sur le plan de l'apparence, la différence peut être subtile. Cependant, les conséquences légales, elles, peuvent s'avérer considérables (consulter cette page pour plus de détails).

Dans le cas du Bocage, les registres municipaux signalaient un « cours d'eau » intermittent qui remontait officiellement jusqu'à l'exacte limite du terrain. Ce ruisselet résultait du détournement d'un ancien ruisseau vers la ligne délimitant deux suites de terrains aujourd'hui résidentiels. J'ai choisi de réhabiliter dans mon jardin l'ancien lit du ruisseau et de le raccorder au nouveau cours d'eau. Je compte bientôt faire reconnaitre les deux ruisselets ainsi formés dans la carte officielle du réseau hydrographique local. L'avantage est que, ce faisant, des bandes riveraines situées chez les voisins en amont et en aval de mon terrain recevront une protection légale contre certains types d'aménagements (construction d'immeuble ou aménagement d'un stationnement, par exemple).


Procéder avec prudence
Il vaut mieux procéder prudemment et par étapes à l'établissement des rigoles afin d'éviter un assèchement excessif devant être compensé par des arrosages.

L'eau est un élément puissant. En sol meuble ou sablonneux, l'eau peut rapidement creuser son propre lit. C'est d'ailleurs ainsi que j'ai procédé pour l'essentiel du réseau du jardin. Les jours où le terrain était gorgé d'eau ou sous la pluie, je creusais un mince sillon de quelques centimètres de large et d'à peine un seul de profond avec un petit râteau à feuille large d'une quinzaine de centimètres. Aussitôt, l'eau s'y engouffrait pour éroder cette entaille. Après quelques pluies, une rigole se dessine et se creuse. Évidemment, dans un sol glaiseux il faudra faire le travail soi-même.

L'avantage de cette méthode est qu'on dispose d'un niveau naturel. Pas besoin de calcul donc. L'eau nous indique immédiatement le degré d'inclinaison de la pente de la future rigole et sa vitesse d'écoulement. On procède alors de proche en proche, en descendant ou remontant. Pour Le Bocage, j'ai remonté à partir du cours d'eau dans lequel il fallait décharger en suivant chaque fois d'où l'eau avait tendance à venir. C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle cela m'a pris trois étés. Je ne pouvais suivre les veines d'eau que les jours suivant de grandes pluies. L'autre raison est que je voulais m'assurer de ne pas trop perturber la flore déjà existante à la surface. En outre, il fallait à chaque pluie aider à ce que l'eau creuse uniformément le lit des rigoles. Enfin, je ne consacrais jamais plus que quelques minutes par jour de pluie « soutien au creusage » effectué par l'eau.


Restreindre la penteCascatelle no 1 du Bocage en hiver

Il est important de maintenir une pente douce pour que l'eau s'écoule aisément, mais lentement. Sinon, on risque une érosion, donc un creusage excessif des rigoles et perte de sol, donc un drainage démesuré. Un courant fort peut aussi encourager la prolifération de mouches noires.

Deux solutions s'offrent ici. La première est de créer des sinuosités dans le parcours de l'eau. Tout allongement réduit d'autant la pente, tout en donnant une allure plus naturelle qu'un fossé rectiligne. La seconde solution est la mise en place de petites cascades dont le glougloutement égayera le jardin. Cinq cascatelles coupent la pente du réseau très sinueux du réseau du Bocage.


Décantation
Prévoir un bassin de décantation à la sortie du terrain afin de récupérer le limon entrainé par l'eau. En effet, vaut mieux récupérer pour soi ce matériau fertile plutôt que d'engraisser (et donc polluer) lacs et marais plus en aval dans le bassin versant.

Seulement l'été dernier, j'ai ainsi récupéré un demi-mètre cube (ou au-delà d'une demi-tonne si vous préférez) de limon dans le bassin de décantation de la décharge.

Un bassin de décantation est un espace où l'eau peut ralentir suffisamment pour avoir le temps de se décharger de ses matières en suspension. Un tel ralentissement est possible lorsque le volume d'eau est considérablement plus grand que le débit ordinaire de la rigole. Un obstacle peut faire augmenter la profondeur et un élargissement la surface de l'eau, et donc ensemble son volume. C'est dans la cuvette ou le réservoir ainsi formé que s'accumulera le limon.


Le lit
Après discussion, les membres du forum jardinage.net ont conclu que le meilleur lit est celui à même le sol. Pas de lit gravier ou de galets de rivière donc. L'entretien est plus facile. On peut plus aisément rectifier le lit pour éviter les petites cuvettes propices à la nidification des moustiques. La gestion de l'eau en cas de sècheresse (voir plus bas) est aussi simplifiée.


Les roches
Les cycles gel-dégel tendent à élargir les passages entre roches bien ancrées dans le sol. En effet, un de mes ruisselets doit ainsi se faufiler à un étranglement ainsi formé. J'ai cependant remarqué qu'après un premier hiver, ce couloir s'était déjà agrandi de quelques millimètres.


Entretien
Une fois établie, les rigoles ne demandent qu'à être ponctuellement débarrassées des débris, telles les feuilles mortes à l'automne, qui s'y retrouvent. Autrement, l'eau fait elle-même le travail de nettoyage.

Durant la période d'établissement, il faut prendre quelques minutes pendant et après chaque pluie importante pour effectuer quelques rectifications du lit.


Par temps de sècheresse
Les rigoles peuvent servir à retenir l'eau, plutôt que la drainer. J'ai découvert cela en observant l'effet d'une importante chute de feuilles mortes sur le débit. On peut donc garder une réserve de feuilles mortes ou de paillis en vue des périodes de canicules. Déposée en des points stratégiques du réseau de rigoles, cette matière ralentit considérablement la vitesse d'écoulement et l'évaporation ainsi que favorise l'absorption de l'eau par le sol. Là où le débit pourrait être trop important pour cette solution, l'installation d'une succession de petits barrages-réservoirs temporaires ou amovibles aura un effet similaire.

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26 décembre 2006

Association FloraQuebeca, Clé d'identification des fougères, 2006.

Averses de neige, maximum 1 °C.

La neige fraichement tombée sur le sol humide révèle le trajet d'une autre section de l' ancien ruisseau en amont du Bocage. J'en reporterai donc bientôt le tracé sur le plan hydrographique.

Aujourd'hui, j'ai poursuivi le débitage et le déchiquetage des arbres et arbustes coupés précédemment. Comme ce sont beaucoup des jeunes arbres et des arbustes, la tâche prend plus de temps. Scier est en effet nettement plus rapide que passer branchages au sécateur pour les transformer en BRF (bois raméal fragmenté).

* * *

Les fougères sont des plantes dont l'identification exacte est souvent difficile. D'ailleurs, je n'en ai pas encore identifié aucune dans Le Bocage, à part les adiantes (adiantum) et encore, pas l'espèce exacte.

Heureusement, l'Association FloraQuebeca, organisme voué « à la connaissance, à la promotion et surtout à la protection de la flore et des paysages végétaux du Québec » a publié sur le Web une clé d'identification des fougères qui tient en huit pages.

Cette clé est divisée en trois parties. La première énumère et illustre les caractéristiques distinctives des fougères : emplacements des spores, longueurs des frondes, formes des limbes, dispositions des frondes. La seconde offre un tableau de correspondances entre différentes combinaisons de caractéristiques et les espèces. La troisième présente chacune des espèces de fougères et leurs caractéristiques.

Pour sûr, voilà un outil que j'ai trop tardé à utiliser. La méthode la plus aisée sera de me constituer un herbier l'été prochain. Cela permettra d'effectuer analyses, comparaisons et identification à mon bureau.

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15 décembre 2006

Seuls les milieux humides d'envergure seront sauvés

Voilà une décision qui a de quoi vous mettre en colère.

Je prends ici la liberté de reproduire intégralement l'article de Louis-Gilles Francoeur dans l'édition du jeudi 14 décembre 2006 de Le Devoir puisque le quotidien restreint souvent l'accès à certains contenus de son site Web qu'à ses seuls abonnés. Cliquez sur le lien. Si l'article est accessible, vous pourrez également prendre connaissance des réactions et les suites de cette histoire.


Seuls les milieux humides d'envergure seront sauvés
Louis-Gilles Francoeur

Québec a édicté le 30 novembre dernier, sans tambour ni communiqué de presse, les règles qui permettront dorénavant aux fonctionnaires du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) d'autoriser les promoteurs à assécher, remblayer et construire dans les marais et les milieux humides du Québec.


Selon cette directive obtenue par Le Devoir, seuls les grands milieux humides pourront trouver grâce devant les promoteurs et les constructeurs, mais à la condition d'être reliés à des cours d'eau en raison de leur pouvoir épurateur, d'abriter des espèces menacées végétales ou fauniques reconnues ou d'être constitués de tourbières ombrotrophes (bogs) ou minérotrophes (fens). Ces critères de protection ne toucheront que les milieux humides d'une superficie supérieure à cinq hectares dans les terres basses du Saint-Laurent ou dans la plaine du lac Saint-Jean et supérieure à dix hectares dans le reste de la province.

Un hectare correspond à la surface de deux terrains de football.

Ces règles, entérinées par le titulaire actuel du MDDEP, Claude Béchard, sont fort différentes de ce que son prédécesseur, Thomas Mulcair, vouait à la protection la plus complète dans une entrevue accordée au Devoir en mai 2005. Le ministre Mulcair, depuis lors évincé de son poste en partie à cause de sa volonté déclarée de protéger les milieux humides convoités par le lobby de l'immobilier et par les élus municipaux, voulait remplacer dès 2006 au moyen d'une loi spéciale l'actuel système «d'autorisation», qui permet les interventions humaines dans les milieux humides, par un système «d'interdiction» législative sans ambiguïté. Il s'engageait aussi à instituer une politique de «zéro perte nette» sur les terres publiques québécoises, comme celle du gouvernement fédéral, une politique qu'on ne retrouve plus dans les règles entérinées par le ministre Béchard.

Le plan de Thomas Mulcair, qui prévoyait d'interdire toute intervention dans les marais, marécages, tourbières, plaines inondables, rives et berges, a subi plusieurs altérations dans les mois qui ont suivi. Dans une autre entrevue accordée au Devoir en novembre 2005 par son nouveau sous-ministre adjoint au Développement durable, Léopold Gaudreault, le ministre n'entendait plus protéger complètement que 5000 des 25 000 marais de plus d'un hectare de la vallée du Saint-Laurent. Mais il s'en tenait toujours à une politique de «zéro perte nette» sur les terres de l'État. Aucune de ces deux règles n'a finalement survécu au changement de direction du ministère et aux pressions du lobby de l'immobilier.

Les nouvelles règles

En effet, si la présence d'un lien avec un cours d'eau, d'espèces menacées ou de tourbières dans un grand milieu humide peut servir à le protéger, le ministère se réserve quand même le droit, dans sa nouvelle politique, d'y autoriser quand même un projet si le promoteur démontre qu'il ne peut pas le réaliser ailleurs ou autrement.

La directive émise aux directions régionales le 30 novembre dernier, signée par Bob van Oyen, prévoit que le promoteur a toutefois plus de chances d'essuyer un refus s'il s'agit d'un grand milieu humide reconnu d'intérêt national ou régional, ce qui revient dans ce dernier cas à laisser la décision de le classer aux élus régionaux, souvent plus enclins à accroître leur assiette fiscale qu'à protéger les matrices de la vie au profit des générations futures.

Si le promoteur arrive à convaincre le ministère, il devra toutefois s'astreindre aux règles que ce dernier entend imposer pour protéger quelque peu les milieux humides de moyenne importance. Ceux-là sont définis comme faisant entre un demi-hectare et cinq hectares dans les basses terres du Saint-Laurent ou la plaine du lac Saint-Jean et entre un et dix hectares ailleurs au Québec. Ces milieux de taille moyenne, d'après la nouvelle classification, pourront d'autant plus facilement être sacrifiés qu'ils n'auront pas de lien avec des cours d'eau de surface ou un lac et n'abriteront ni tourbières ni espèces menacées ou vulnérables désignées de façon officielle.

Dans le cas des marais de moyenne importance, le MDDEP demandera au promoteur de trouver un «projet de remplacement ou un site de remplacement». Mais «si cela est impossible», prévoit la directive ministérielle, on demandera à l'heureux promoteur de «minimiser» tout au plus les impacts de son projet, qui pourra ainsi voir le jour à l'intérieur ou autour d'un milieu humide. On lui demandera alors d'éviter les «zones sensibles» de ce milieu humide -- lui-même sensible par définition --, de conserver «certains des éléments caractéristiques» du marais ou du marécage et de «maintenir des corridors biologiques et les liens hydrologiques entre les écosystèmes» restants. Enfin, on lui demandera de conserver, si la chose est encore possible, certaines des communautés naturelles.

Toute l'évaluation de ce dossier échappera à l'oeil scrutateur du public et des groupes environnementaux. L'exercice se déroulera derrière des portes closes entre fonctionnaires et consultants du promoteur. La politique ne prévoit pas la moindre divulgation des dossiers ou des évaluations scientifiques et ne prévoit aucunement d'enrichir la réflexion des fonctionnaires par la communication d'information, de mémoires et de recommandations de la part du public, même sous forme strictement écrite.

La nouvelle politique prévoit que les «pertes inévitables» de milieux humides seront compensées «en respectant un ratio de compensation proportionnel à la valeur écologique des milieux humides détruits ou perturbés». On précise que le site compensatoire devra, par ordre de priorité, se trouver sur le site même du projet, sur un site adjacent ou ailleurs dans le même bassin versant ou dans la même municipalité.

Un énorme flou subsiste toutefois car le ministère pourrait exiger en compensation de la perte d'un milieu humide qu'un promoteur achète à des fins de conservation un autre milieu humide à proximité, dont la richesse devrait lui valoir de toute façon une véritable protection. Dans ce scénario, on légalise la disparition de la moitié des milieux humides d'une région. L'autre scénario possible est celui de la politique «zéro perte nette», qui implique que, quelle que soit la solution retenue, une région conserve la même superficie en milieux humides et la même productivité biologique. Les pertes sont alors compensées par la création de nouveaux milieux humides et non par la protection de milieux existants.

Mais l'expression «zéro perte nette», classique dans ce type de dossier, n'apparaît nulle part dans la directive, de sorte qu'il est permis de penser que le ministère s'est satisfait du premier scénario.

Enfin, dans le cas des petits milieux humides, comme le révélait récemment Le Devoir, la porte est ouverte aux autorisations si ces milieux ne sont pas couplés à des plans d'eau et s'ils n'abritent ni tourbières ni espèces menacées ou vulnérables.

Ces petits milieux humides sont définis comme ayant une superficie inférieure à 0,5 hectare dans les basses terres du Saint-Laurent ou dans la plaine du lac Saint-Jean et inférieure à un hectare dans les autres régions du Québec.

Ce sont les professionnels embauchés par le promoteur qui attesteront de l'absence d'espèces menacées ou vulnérables dans un milieu humide convoité. Ce professionnel devra être spécialisé en écologie ou en biologie. Il pourra même s'agir d'un agronome spécialisé en horticulture. La directive ne précise pas ce qui arrivera des constructions érigées si les autorisations devaient être émises sur la foi de renseignements erronés, ni quel type de vérification effectuera le ministère.

Dans la vallée du Saint-Laurent, plus de 80 % des milieux humides ont été rayés de la carte lors de la construction ou de l'agrandissement des villes sur les rives ou aux embouchures des cours d'eau. Plusieurs spécialistes pensent que devant un tel état de fait, il faudrait plutôt protéger tout ce qui reste au lieu de continuer à rogner un héritage dilapidé en deux générations pour l'essentiel.


http://www.ledevoir.com/2006/12/14/124897.html#

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14 décembre 2006

Votre rigole est-elle un cours d'eau protégé?

Votre rigole est-elle un cours d'eau protégé ?

Une simple rigole traversant votre terrain ou jardin peut très bien être un « cours d'eau » et donc comporter une zone de protection riveraine de chaque côté.

Par exemple, au Québec la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables touche « tous les cours d’eau, petits et grands, à débit régulier ou intermittent, artificiels ou naturels, ainsi que les fossés drainant plus de deux terrains sont concernés ».

Il faut donc distinguer entre « cours d'eau » et « fossé ». En pratique, les fossés sont présumés être des cours d'eau (puisqu'ils participent de toute manière au réseau hydrographique d'un bassin versant), sauf dans les cas où il s'agit d'un :
- fossé de chemin (servant à égoutter une rue, une route) ;
- fossé de ligne (qui marquent donc la limite de terrains) qui n'égoutte que les terrains adjacents ; et
- fossé qui ne sert à drainer qu'un seul terrain.

Ainsi, le réseau de rigoles qui traverse Le Bocage sont sans contredit des « cours d'eau », et donc soumis à diverses règlementation de protection.

Peu importe donc qu'il s'agisse d'une rigole, d'un fossé non exclu par la politique, d'un ruisselet, d'un ruisseau ou d'une rivière, les règles et obligations sont les mêmes. Leurs rives sont protégées et les travaux qu'on peut y faire règlementés. Selon la règlementation québécoise, la rive est une bande de terre large d'au moins dix mètres débutant de la ligne des hautes eaux lorsque la pente est inférieure à 30 %, et d'au moins quinze mètres lorsque la pente est supérieure à 30 %. Ce sont ici des largeurs minimales, les différentes autorités territoriales peuvent protéger plus.

Ainsi, il faut vérifier auprès de votre municipalité quels sont les règlements d’urbanisme et de protection riveraine qui s’appliquent à votre cours d'eau avant d'amorcer tout travail à proximité.

Pour les jardiniers, la règlementation est généralement une bonne nouvelle. On requiert, si possible, de maintenir sur les rives un couvert végétal permanent et durable. Les activités horticoles qui y contribuent sont donc permises, et même encouragées.

À l'inverse, toutes les constructions, tous les ouvrages et tous les travaux qui sont susceptibles de détruire ou de modifier la couverture végétale des rives, ou de mettre le sol à nu, ou d'en affecter la stabilité, ou qui empiètent sur le littoral, doivent faire l'objet d'une autorisation préalable, le plus souvent de la part de la municipalité, mais éventuellement aussi d'un ministère ou organisme public. En principe, l'implantation sur la rive d'un couvert végétal exigeant une fertilisation régulière ne devrait pas être permise.

Il ne faut pas sous-estimer l'impact de ce type de règlementation sur les relations de voisinage. Par exemple, dans mon propre cas, le fait que j'ai ressuscité un cours d'eau dans Le Bocage affecte non seulement ce que je peux effectuer sur mon terrain, mais également ce que peuvent faire les voisins chez eux à l'intérieur des bordures riveraines de ce même cours d'eau. Il faut donc éviter de créer, par caprice ou malice, un cours d'eau qui obligera un tiers.

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13 décembre 2006

Votre terrain est-il, à votre insu, un milieu humide protégé par la loi ?

Les mots « milieu humide » évoquent spontanément des paysages dominés par la présence d'eau. C'est d'ailleurs ce qu'illustre les photos ci-dessous provenant du site du Ministère du développement durable, de l'environnement et des parcs du Québec (MDEPQ).

Or, un terrain d'apparence bien ordinaire, un boisé, un terrain vague peuvent très bien constituer un « marécage », et donc un milieu humide protégé par la loi. Pas même besoin qu'ils soient inondés quelques jours par année. Ni même qu'ils soient à proximité d'un plan ou d'un cours d'eau. Une humidité constante ou une nappe phréatique affleurant juste au dessous de la surface peut suffire amplement.

Autant d'un point de vue écologique que légal, il n'existe actuellement aucune définition précise et objective de ce qu'est un milieu humide. Le Grand dictionnaire terminologique désigne par ce terme une « zone de transition entre les écosystèmes franchement aquatiques et les écosystèmes purement terrestres ». Malheureusement, ce qui distingue et délimite un écosystème par rapport aux autres demeure passablement flou. Au MDEPQ, on affirme d'ailleurs travailler à préciser ces définitions.

Actuellement, le principal critère est d'ordre floristique. Si le terrain ou portion de terrain supporte plus de plantes incluses dans une liste établie par le MDEPQ de quelque 700 espèces indigènes au Québec que de tout autres types de plantes, il s'agit vraisemblablement d'un milieu humide. Il faut appeler ou écrire au MDEPQ pour obtenir cette liste puisqu'elle n'est pas disponible sur le Web. Selon le pays ou la zone écologique, le contenu d'une telle liste diffèrera bien sûr.

La liste québécoise comprend de nombreuses espèces qu'on n'associe pas spontanément à un marécage : érable rouge, asters, hart rouge, fougères (dryopteris, matteucia, osmonda), frênes, iris, impatiens, physocarpe, potentilles, chêne bicolore, ronces, saules, sureau blanc, thuja et violettes. Voilà qui peut causer des surprises à des jardiniers qui auraient des préférences pour les plantes de la liste. En effet, il n'est pas nécessaire que la prédominance de plantes soit naturelle pour qu'un terrain soit déclaré être un milieu humide protégé. C'est ainsi que des propriétaires qui avaient aménagé un étang ont découvert qu'ils ne pouvaient plus modifier leur jardin, du moins sans une permission expresse des autorités (impliquant constitution d'un dossier, arpentage, etc.).

La question demeure bien sûr à savoir : qu'est-ce qu'une prédominance de plantes inscrite sur cette liste ? Au ministère, on ne peut préciser s'il s'agit d'une prépondérance en nombre d'espèces, en nombre de sujets ou en importance relative des biomasses (un seul arbre comportant une masse beaucoup plus importante que n'importe quelle talle de fougères, par exemple). On ne précise pas non plus les unités de surface considérées (parle-t-on d'un milieu humide à partir d'un seul mètre carré ou à partir d'un hectare). Pour le moment, le seul test définitif de vérité semble être la capacité de votre biologiste de convaincre le juge, mieux que le biologiste engagé pour soutenir la thèse adverse.

À mon avis, il serait nécessaire de demander à un panel d'experts de préciser un ensemble de critères beaucoup plus prévisibles. D'autant plus que, légalement au Québec, l'identification de la présence d'un milieu humide à protéger repose sur les épaules des propriétaires. Cependant, n'importe quel citoyen, organisation écologique ou municipalité conserve la possibilité de prendre l'initiative de faire déclarer un terrain comme comprenant un milieu humide à protéger.

De mes conversations et échanges de courriels avec les professionnels du service municipal de l'Environnement et du MDEPQ, je retiens que :

1- Le ministère tient à jour une carte des cours d'eau et milieux humides qu'il est possible de consulter.

2- À des fins d'urbanisme, une municipalité utilise généralement, non pas la toute dernière version de cette carte, mais une version antérieure en vigueur au moment de la confection du règlement de zonage. La carte retenue fait intégralement partie du règlement jusqu'à la prochaine révision.

3- Indépendamment de la carte la plus récente du ministère et du règlement de zonage, tout propriétaire a l'obligation de protéger les milieux humides de son terrain, et donc d'identifier la présence de ces milieux.

4- S'il y a sur le terrain un milieu humide autre qu'un cours d'eau, le propriétaire doit demander une autorisation au bureau régional du MDEPQ pour effectuer tout travail dans cette zone ou autour, mais susceptible d'affecter celle-ci.

5- Les autorités peuvent exiger la restauration complète du secteur où des travaux ont été effectués sans permis ou autorisation (y compris démolition des constructions et renaturalisation).

6- Dans tous les cas, il vaut mieux d'abord vérifier avec le service de l'urbanisme ou de l'environnement de sa municipalité. Celle-ci vous réfèrera au ministère le cas échéant.

7- Dans tous les cas, ne pas se fier totalement aux réponses que vous obtiendrez de la municipalité, et contrevérifier auprès d'un service concurrent (ex.: celui de l'urbanisme vs celui de l'environnement), du bureau régional du ministère, d'une association de propriétaires ou d'un groupe environnemental. En effet, la règlementation étant encore très récente (et non encore complétée), on constate (et j'ai constaté) qu'il y a encore beaucoup de flou et de contradictions dans l'interprétation de la règlementation ainsi qu'au sujet des responsabilités et pouvoirs respectifs des différents acteurs impliqués.

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11 décembre 2006

Un vallon autrefois traversé d'un ruisseau

Le Bocage est situé dans un vallon des Laurentides entre des collines plus hautes d'une cinquantaine de mètres (altitude de plus de 260 mètres). Tout indique que la pente douce de ce vallon avait autrefois été traversée par un petit ruisseau (la ligne pointillée verte sur le plan plus bas) qui pouvait drainer une large étendue : jusqu'à un demi-kilomètre vers le nord-ouest ; quelque 200 mètres vers le nord-est ; et une centaine de mètres vers le sud-est. L'établissement tout autour de plusieurs rues avec leurs fossés ainsi les aménagements paysagers résidentiels ont considérablement réduit l'apport en eaux de surface. Du côté nord-ouest, là où passe maintenant une rue, la surface drainée n'a donc plus que vingt-cinq mètres de profondeur. À tel point que cet ancien ruisseau avait disparu. On n'observait plus que des d'affleurements d'eau ponctuels au printemps et après d'importantes pluies (cliquer sur la vignette pour agrandir la carte).

Carte hydrographique du BocageDeux voisins en aval ont construit leurs maisons directement sur l'ancien lit du ruisseau originel en rehaussant le niveau de leurs terrains et en détournant le parcours de l'eau de quelques mètres, au-delà de la ligne limitant leurs terrains au sud-est. Sans grand succès cependant. Car outre une pompe à eau et le rehaussement du terrain pour protéger son sous-sol, le voisin immédiatement en aval a finalement du installer une large bouche d'égout et une canalisation pour intercepter l'eau qui, s'obstinant à suivre le lit originel lors des crues printanières. Et encore là, l'eau s'accumulait à la limite de son terrain. Le premier été de jardinage du Bocage en 2004, j'ai creusé une rigole entre le lit de l'ancien ruisseau et celui du nouveau ruisselet. Cela a drastiquement amélioré le drainage du secteur.

Avant d'entreprendre l'aménagement du Bocage, je l'ai fait visiter à un jardinier paysagiste. Ce dernier m'a suggéré de creuser une rigole pour drainer l'eau qui affleurait ou formait des cuvettes, compliquant autant la marche que le jardinage. J'ai mis trois étés à compléter le système de rigoles qui alimentent aujourd'hui le ruisselet. J'ai procédé par étapes, les jours de pluie, en remontant vers l'amont la source d'arrivée de l'eau. Cet étapisme a permis de bien identifier le parcours de l'eau et de contrôler l'effet d'assèchement. Car Le Bocage est un milieu que je qualifierai de semi-humide. Je ne souhaitais surtout pas provoquer un choc pour les plantes, en particulier les arbres, qui y croissaient déjà. L'objectif était de n'assécher que les premiers centimètres de la surface afin d'établir des platebandes à la fois humides et drainées auxquelles on accèderait par un sentier légèrement surélevé qui, lui, demeurerait bien sec. Cela semble avoir réussi. En effet, depuis que le réseau de rigoles est complété, on observe un apport d'eau plus soutenu qui a rendu quasi permanent le ruisselet en aval qui n'avait jusque-là qu'un caractère intermittent. Avec le temps, des voies d'eau nouvelles se jettent dans les rigoles et augmentent d'autant leur débit relatif. Il semble donc que l'eau trouve ses nouveaux chemins vers la mer et les grossit peu à peu. Il est d'ailleurs possible qu'il s'agisse de l'eau souterraine des collines qui filtre ainsi sous les rues et fosses jusqu'à notre section du vallon. En effet, j'ai noté qu'après une longue période de pluie, le sol du Bocage demeure humide même après un long épisode de sècheresse ou très faibles précipitations.

Le premier été en 2004, j'ai carrément creusé une première quinzaine de mètres de rigoles de 10 à 15 centimètres de profond qui ont relié l'ancien et le nouveau lit ainsi que la bouche d'égout collecteur du voisin. Cette intersection, large et entrecoupée de grosses racines de bouleau jaune, agit depuis comme un bassin de décantation, permettant de récupérer le limon emporté lors du creusage, puis de l'entretien du réseau de rigoles en amont. Le second été, j'ai prolongé progressivement cette rigole en un grand T qui traverse une première fois le sentier et coupe Le Bocage en deux. Cette fois, il a suffi de seulement tasser les feuilles et un centimètre ou deux d'humus. L'eau a ensuite elle-même rapidement creusé son lit. Je n'avais qu'à assurer la régularité de la pente pour éviter les flaques d'eau stagnante qui favoriseraient la prolifération de moustiques. Le troisième été, la même technique a été utilisée pour ajouter les dernières sections qui traversent de nouveau le sentier en deux endroits et remontent le lit de l'ancien ruisseau jusqu'à la limite du terrain.

Le réseau de rigoles est sinueux afin de diminuer la pente et ralentir la vitesse de l'eau. Des cascatelles permettent aussi de préserver des pentes douces et d'égayer Le Bocage de leur glouglou.

Aujourd'hui, c'est donc un ruisselet quasi permanent d'une trentaine de centimètres de large qui remplace l'ancien ruisseau au creux du vallon.

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28 octobre 2006

Première neige

Neige au sol. Temps pluvieux (max. 6 °C). Le terrain et les rigoles étaient gorgés d'eau.

Cela permet de constater l'emplacement des dernières dépressions où l'eau affleure encore. Et de confirmer que les bouts de rigoles près de l'escalier et dans La Reposée pourront être comblés.

Beaucoup d'eau dans les rigoles. Je comprends maintenant comment la glace peut, lorsque l'eau est haute, élargir certains espaces entre de grosses pierres apparemment indélogeables.

J'ai étrenné une nouvelle lame de sciotte spécialement conçue pour la coupe d'arbres et à pointe renforcée. Wow ! Cela travaille comme un charme. Absolument pas besoin de tronçonneuse mécanique. J'ai scié en buches les arbres déjà abattus et en ai fait tomber trois autres sur la bordure nord-ouest. Cela a dégagé la grande pruche de L'Enceinte. Il me reste à voir si j'abats aussi un jeune bouleau poussant tout près d'elle.

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